LE CRABE ?
C’est d’abord un poème•, choisi comme totem.
Et puis, un crabe sait se tenir. 
Nous tenons au livre papier, à ce qu’il soit de bonne facture, aux rayons de la librairie, à ses libraires. Sans rejeter les formes nouvelles de circulation de la connaissance, nous privilégions ce terrain.
Nous tenons à un mode de faire ensemble, éditeur, auteur, correcteur, illustrateur, imprimeur, diffuseur et distributeur s’ils en sont d’accord. Même si chacun connaît sa place et son affaire, nous débattons.
Nous tenons au texte, valorisons l’écriture quel que soit le genre, étant entendu que le travail de la langue peut être divers.
Autrement dit, pris nous aussi bien sûr dans le flux et le reflux de l’air du temps, nous faisons un pas de côté. Cet air nous entoure, mais nous savons qu’il est de passage et nous lui prêtons une « attention oblique » comme l’a dit un sociologue.
Parce que nous voulons d’abord être les témoins de ce que nous aimons.
Tel est notre paysage, ce n’est pas que le nôtre. Nous prenons place.
Et de même que ce qu’un auteur a à dire de son œuvre est dans ses textes, ce que nous avons à dire de notre maison d’édition est dans ses livres. Voyez vous-mêmes.

L'éditeur













LE CRABE

J’marche en crabe, tout d’travers,
et tel n’ai lors d’autres progrès,
filant  comme j’aime à faire
mais n’allant ainsi jamais
non jamais vraiment qu’de biais.
Moi, peinard sur la grand’ baie –
où tant on m’aperçoit qui déambule
à balader c’que j’ai de mandibules –,
de-ci de-là, j’me déplace et fort gesticule
rien donc qu’tout en zigzag.

Aussi, j’ai belle carapace,
solide vissée sur la tête,
pour quoi tant mieux j’peux bien n’en faire qu’à elle
(caboche de mule, si molle pourtant de sa cervelle).
J’suis pince sans rire également,
et deux fois plutôt qu’une,
vu comme m’a fichu bonne Dame Nature
(qui fit aussi grand cas d’mes pattes –
trois fois deux et une paire en sus, pour jusqu’à deux fois quatre compter),
histoire, peut-être qui sait,
qu’hop, tac, zou,
toujours vite, voyez-vous,
rapide éclair, j’me carapate.
Je suis le prince agile des rochers,
hauts en escarpe et de recoins minés,
où fais bien mieux que l’acrobate.
Non moins royal, je sais sprinter,
Faisant mille-et-un grains voler,
sur le grand banc, blond de beauté,
de cette place mienne, douce et sablée.

Je suis le crabe aux yeux charbon,
de maints mouvements et convulsions
qui toujours sont agités :
fines et noires, deux épingles capables,
ô combien, de percer
plus et mieux que l’horizon :
toute conscience en ses tréfonds.

Je suis le crabe et sais encore,
bouillie si ce n’est grillée,
ma chair – son goût surtout –  convoitée fort.
Certains, oui, juteuse et citronnée,
désireraient bien s’en délecter. 
Mais longtemps vous courrez,
pas prêts d’en tâter.
Car je suis crabe, vrai,
pas tel sire rat né
pour son histoire tôt achever
(fait comme l’on sait,
dans une cage piégé).

Si lors vous n’êtes de mes amis,
moi, je n’ai qu’un mot, ai-je dit,
moi, je n’fais qu’un geste, ci-fait :
moi, j’disparais.
De tous, trop sais,
Bien aller en retrait.
CRABE SUIS ET RESTERAI

E.M.
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