Le Crabe

Le crabe est d’abord un poème, choisi comme totem.
Le crabe est tenace.

Nous tenons au livre papier, de bonne facture, aux
rayons de la librairie, à ses libraires. Sans rejeter les
autres formes de circulation de la connaissance, nous
privilégions ce terrain.

Nous tenons au texte, à l’écriture de qualité quel que
soit le genre.

Nous tenons à travailler ensemble, éditeur, auteur,
correcteur, illustrateur, maquettiste, imprimeur,
diffuseur, distributeur, administrateur du site, s’ils en
sont d’accord. Même si chacun connaît sa place et son
affaire, nous débattons.

Autrement dit, pris nous aussi bien sûr dans le flux et
le reflux de l’air du temps, nous faisons un pas de côté,
parce que nous voulons être les témoins de ce que
nous aimons.

Tel est notre paysage, ce n’est pas que le nôtre. Nos
points de vue font place à ceux des autres, pour autant
qu’ils soient bienveillants.

Et de même que le propos d’un auteur est dans ses
textes, ce que nous avons à dire est d’abord dans nos
livres. Voyez vous-même.

Bernard Cuneo, fondateur, 2013

Image du Crabe des Editions du Crabe en arrière plan

Le Poème

J’marche en crabe, tout d’travers,
filant comme j’aime à faire
mais n’allant ainsi jamais
non jamais vraiment qu’de biais.
Moi, peinard sur la grand’ baie –
où tant on m’aperçoit qui déambule
à balader c’que j’ai de mandibules –,
de-ci de-là, j’me déplace et fort gesticule
rien donc qu’tout en zigzag.

J’marche en crabe, tout d’travers,
et tel n’ai lors d’autres progrès,
filant comme j’aime à faire
mais n’allant ainsi jamais
non jamais vraiment qu’de biais.
Moi, peinard sur la grand’ baie –
où tant on m’aperçoit qui déambule
à balader c’que j’ai de mandibules –,
de-ci de-là, j’me déplace et fort gesticule
rien donc qu’tout en zigzag.

Aussi, j’ai belle carapace,
solide vissée sur la tête,
pour quoi tant mieux j’peux bien n’en faire qu’à elle
(caboche de mule, si molle pourtant de sa cervelle).
J’suis pince sans rire également,
et deux fois plutôt qu’une,
vu comme m’a fichu bonne Dame Nature
(qui fit aussi grand cas d’mes pattes –
trois fois deux et une paire en sus, pour jusqu’à deux fois quatre compter),
histoire, peut-être qui sait,
qu’hop, tac, zou,
toujours vite, voyez-vous,
rapide éclair, j’me carapate.
Je suis le prince agile des rochers,
hauts en escarpe et de recoins minés,
où fais bien mieux que l’acrobate.
Non moins royal, je sais sprinter,
Faisant mille-et-un grains voler,
sur le grand banc, blond de beauté,
de cette place mienne, douce et sablée.

Je suis le crabe aux yeux charbon,
de maints mouvements et convulsions
qui toujours sont agités :
fines et noires, deux épingles capables,
ô combien, de percer
plus et mieux que l’horizon :
toute conscience en ses tréfonds.

Je suis le crabe et sais encore,
bouillie si ce n’est grillée,
ma chair – son goût surtout – convoitée fort.
Certains, oui, juteuse et citronnée,
désireraient bien s’en délecter.
Mais longtemps vous courrez,
pas prêts d’en tâter.
Car je suis crabe, vrai,
pas tel sire rat né
pour son histoire tôt achever
(fait comme l’on sait,
dans une cage piégé).

Si lors vous n’êtes de mes amis,
moi, je n’ai qu’un mot, ai-je dit,
moi, je n’fais qu’un geste, ci-fait :
moi, j’disparais.
De tous, trop sais,
Bien aller en retrait.
CRABE SUIS ET RESTERAI

E.M

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